Harmonisation on-line de la Chine

Harmonisation on-line de la Chine



Depuis que j’ai installé le plug-in « Flagfox » [1]  , j’ai découvert une chose : tous les sites de recherche de Google sont hébergés aux Etats-Unis. Tous sauf un : Google.cn, hébergé lui en Chine. C’était du moins encore le cas il y a une semaine. Aujourd’hui ce même site est hébergé à San Francisco-Oakland-San Jose, aux Etats-Unis donc.
Pourquoi Google.cn était hébergé en Chine ? La réponse est simple, pour faciliter le contrôle mené par les autorités chinoises.

Les pages renvoyées flanquées d’une erreur 404 « page introuvable » sans autre explication sont clairs : le site est censuré. Une page faisant suite à une longue liste de mots-clés interdits par le régime. Parmi eux : sexe, Tibet, Fa lun gong [mouvement religieux interdit], Tiananmen, play-boy, fuck, multipartisme, indépendance Taïwan, police, salope, corruption, torture, fonds publics, anus, Jésus-Christ, émeutes, insurrection, désastre aérien, 89, tyrannie, Corée du Nord, scrotum, dictature, pigeons, timeshare, pénitencier, Voice of America, soutien-gorge, finance à Genève, merde.

Tout le monde comprend tout de suite, la censure de ces mots prouve les dérives du régime comme, corruption, torture ou… dictature. Ignorerait-il le vieux dicton ? « Le papier ne peut emballer le feu »

Souvenez-vous, en janvier dernier Google subissait plusieurs cyber-attaques sophistiquées de hackers chinois sous couvert d’adresses IP taïwanaises visant les comptes mail de dizaines de militants des droits de l’Homme et journalistes. A l’origine de ces attaques, la volonté de Google de se défaire de l’oppression des autorités locales, et de mettre un terme à la censure de certains sites web jugés « sensibles » à l’égard du gouvernement. Une initiative vivement soutenue par Hillary Hilton – Secrétaire d’Etat américaine.

Le gouvernement, très certainement à l’origine de ces basses manœuvres, souhaite au contraire resserrer le contrôle de l’Internet en exigeant par exemple les papiers d’identité de tous les webmasters pour l’attribution d’un nom de domaine. Une mesure officiellement destinée à éviter l’explosion du nombre des sites pornographiques.
Autre fait troublant, la virulence du régime dans l’affaire judiciaire Mian mian, opposant une écrivaine contemporaine au service de numérisation des livres Google. La propriété intellectuelle semble s’être subitement hissée au rang de priorité nationale en Chine…

Il est évident que le gouvernement chinois cherche à expulser Google de son territoire. Depuis son installation à Beijing, Google n’a toujours fait que se plier aux volontés politiques locales : censure de sites web, filtrage de mots-clés, le bourrage d’informations divertissantes et plaisantes qui rendent la vision du peuple centrée sur leur petite vie sans réfléchir aux problèmes sociaux profonds.

Google.cn a finalement décidé de s’en aller le 10 avril prochain. Un départ qui fait le bonheur de Baidu – moteur de recherche chinois leader. Baidu sera-t-il capable de récupérer les quelques 30% de part de marché que Google abandonnera ? Déjà plus de 60% de marché, Baidu, le moteur de recherche né en 1999, est devenu aujourd’hui le site le plus visité en Chine, et le 8ème d’Alexa Rank [2] . Baidu ,créé par Li Yanhong et Xu Yong aux Etat-Unis, coté en bourse au Nasdaq, est basé à Beijing Zhong Guan Cun (Silicon Valley chinois).
Au passage, remarquons que la traduction du nom « Baidu » en Français est une erreur. Il ne s’agit pas de « cent degrés », mais plutôt de « cent fois », mot tiré d’un poème de Xin Qiji.

En 2007, le slogan lancé par le régime « créer une société harmonieuse », qui est un masque au renforcement du contrôle de l’opinion publique. Depuis le lancement du slogan, de nombreux dissidents politiques et défenseurs des droits de l’homme ont été arrêtés. Le Web n’est plus seulement censuré, il est  » harmonisé « . Un filtre automatique ou une main invisible supprime un mot, un nom, une phrase, un commentaire, un blog ou un visuel qui déplaît.
Les citoyens du web chinois ont tentent de le prendre avec humour lâchant de temps à autres « tiens, j’ai été harmonisé ». Aujourd’hui, les internautes ont encore évolué, au lieu de taper « harmoniser » ils tapent « crabe de rivière », double sens phonétique du mot. Quelque fois il suffit d’avoir un peu de créativité pour faire passer le tour en écrivant des mots hachés ou des périphrases, car les robots de censure ne les comprennent pas.

Où va Internet ou Intranet de la Chine, les Chinois qui ne sont jamais sortis de la Chine, qui ne connaîtront pas facebook, ni twitter, qui seront totalement déconnectés du WWW, et ce n’est pas la chose la plus grave. Imaginons, la Chine, pays comptant plus de 384 millions d’internautes (chiffre du troisième trimestre 2009), réfléchissent de la même manière que ce que le régime impose, déforment inconsciemment la vérité en défendant les intérêts du régime, ce n’est pas une situation inquiétante à votre avis ?

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  1. est une extension pour Mozilla Firefox qui affiche une icône de drapeau pour indiquer le pays où est situé le serveur du site que vous parcourez.
  2. est réalisé en fonction du nombre de visiteurs uniques et du nombre de pages vues par chaque visiteur. Le calcul de cette moyenne sur les trois derniers mois donnent le trafic rank d’Alexa.

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